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Premiers prélèvements dans le gouffre Tarissan : un reportage logo français

par GIBERT Dominique - 28 septembre 2006

Introduction

Le gouffre Tarissan tient son nom d’un vétérinaire du XIXième siècle dont l’intrépide curiosité l’aurait fait chuter dans l’abîme. Cette malheureuse histoire est narrée en détails dans le livre La vieille Dame de Gérard Werther qui raconte l’histoire de La Soufrière.




Le gouffre Tarissan, vu ici du nord en mai 2002, est une ouverture située au centre du plateau sommital de dôme de la Soufrière. Le gouffre apparaît comme un étroit conduit d’environ 15 mètres sur 8 dont l’entrée forme un entonnoir aux pentes très raides et d’environ 1500 mètres carrés.

Le gouffre Tarissan joue un rôle particulier dans l’histoire de la Soufrière car il a été actif à chaque éruption phréatique connue depuis la formation du dôme de lave au milieu du XVième siècle. La dernière activité a eu lieu lors de la crise éruptive de 1976-1977 lorsque le gouffre a émis de grandes quantités de vapeur, de cendres et de rochers de taille métrique. Après cette dernière phase très active, le gouffre est redevenu inactif sans émanations visibles. Cette période a d’ailleurs permis aux spéléologues français Jean-Claude Sallot et Vincent Silve de descendre dans le gouffre en 1991. Un récit de cette impressionnante descente est donné par Michel Ferrier dans un article paru dans la revue Spelunca . Jean-Claude Sallot, qui est descendu le plus bas, est parvenu à un petit lac situé 90 mètres sous l’entrée du gouffre. Il a estimé que la température de l’eau était alors d’environ 50°C.

L’activité du gouffre s’est à nouveau accrue à partir de 1999 avec l’apparition de faibles émanations de vapeurs qui se sont progressivement amplifiées au point d’être actuellement un chaud et dense panache continu.


Préparatifs

C’est en novembre 2002 que nous avons décidé de réexplorer le gouffre. Cependant, son activité interdit toute visite directe comme l’on fait Sallot et Silve dix ans plus tôt, et nous avons construit un dispositif de prélèvement à descendre au bout d’un câble. Les photos ci-dessous montrent Gilbert Hammouya et Alberto Tarchini en train de préparer la nacelle de prélèvement composée d’un morceau de tuyau de PVC, d’un flacon en téflon, d’une thermistance et d’un interrupteur se fermant automatiquement en cas de contact avec un liquide. Un câble électrique de 150 mètres sert à transmettre les informations et à supporter la nacelle.

Quand tout fut prêt, toute l’équipe est montée sur le volcan pour réaliser le premier échantillonnage dans le gouffre. Pendant la montée, chacun y allait de son hypothèse à propos de ce qui allait être trouvé au fond : de l’eau ou non ? une température élevée ou pas ? Mais nous voilà arrivé au bord du trou et il est temps de procéder à l’expérience. Nous allons bientôt être fixés ! Ci-dessous à gauche, Gilbert, Alberto et Laurent Mercier font une dernière connexion électrique. À droite, Gilbert, Alberto et Dominique Gibert renforcent les parties vulnérables du circuit électrique afin de prévenir tout court-circuit au cas où la nacelle de prélèvement plongerait dans du liquide.


Premier plongeon

La nacelle est prête, et Alberto la guide au départ pendant que Gilbert se bat avec la cordelette. Finalement, la nacelle est placée au centre du gouffre par Florence Nicollin qui tire la corde de guidage depuis l’autre bord. La descente peut commencer.

La descente est contrôlée par Gilbert qui s’arrête tous les 5 mètres afin de mesurer la résistante de la thermistance dont on déduira ensuite la température. Dans la partie supérieure du conduit vertical, la température fluctue autour de 40°C, puis elle augmente rapidement à 50°C une vingtaine de mètres plus bas. Soudain, l’interrupteur d’entrée dans le liquide se ferme. Quelques tests confirment le contact et la température monte brusquement à 98°C, ce qui est la température d’ébullition de l’eau à cette altitude.

Après quelques minutes, la nacelle est remontée et elle apparaît bientôt noircie et très déformée. Le lest métallique est également très corrodé en surface. La bonne surprise est que le flacon de téflon est rempli d’un liquide gris foncé dont le pH est immédiatement mesuré par Gilbert.

Les mesures sont refaites au laboratoire de l’observatoire où l’on voit ici le Ph-mètre indiquant un pH = 0.23 principalement dû à de l’acide chlorhydrique (HCl).


Conclusion

Ce premier échantillonnage a confirmé la reprise d’activité du gouffre Tarissan dont la température au fond est passée de 50°C en 1991 à l’ébullition (98°C) dix ans plus tard. Cette augmentation de température est la plus importante observée parmi les points de prélèvement hydrothermaux du volcan. D’autres prélèvements seront effectués au cours des futures missions de tomographie électrique . Plus tard, en juillet 2006, un câble sera posé dans le gouffre afin de mesurer la température, la pression et le niveau de bruit acoustique dans la colonne d’acide. Un projet d’étude pluridisciplinaire du fonctionnement du gouffre Tarissan est en cours d’élaboration.