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Visite touristique sur la Soufrière de Guadeloupe logo français

par GIBERT Dominique - 2 juin 2007


La Soufrière de Guadeloupe est accessible au public

Les touristes que nous rencontrons aux abords de la Soufrière ont souvent entendu dire que la Soufrière est interdite au public et sont étonnées lorsqu’on leur propose de nous accompagner lors de nos montées au sommet. En réalité, l’accès au sommet de la Soufrière n’est plus totalement interdit, et seuls les secteurs les plus exposés aux gaz acides et toxiques sont fermés par des barrières en bois permettant de voir l’essentiel des zones actives du volcan.

La Soufrière est l’un des sites les plus intéressants du Parc National de Guadeloupe et nous vous encourageons à en gravir les pentes. Toutefois, comme cela est rappelé sur les panneaux du Parc National, certaines précautions doivent être prises si vous ne voulez pas que votre randonnée ne devienne désagréable, voire même dangereuse.

Voici quelques conseils et remarques suggérées par les nombreuses rencontres que nous avons faites sur la Soufrière :
- Partez des Bains Jaunes et empruntez la trace du Pas du Roy : le séisme des Saintes survenu le 21 novembre 2004 a provoqué l’éboulement d’un flanc du piton Tarade situé juste sous le parking de la Savane à Mulets. Cet éboulement n’est pas stabilisé et il est extrêmement dangereux de passer par la route.
- Ne partez pas trop tard : si vous voulez atteindre le sommet depuis les Bains Jaunes, comptez au minimum 4 heures de randonnée si vous montez et descendez par le chemin des Dames et une heure de plus si vous passez par le col de l’Échelle. La nuit tombe très vite sous les tropiques et calculez votre heure de départ en fonction du coucher du Soleil.
- Méfiez vous des conditions météorologiques : Sur la Soufrière, le temps peut changer très vite, un peu comme en haute montagne. En quelques minutes, vous pouvez passer d’un temps superbe à un déluge accompagné de vents très forts et d’une baisse spectaculaire de la température (environ 12-14° au sommet). Nombreux sont les randonneurs surpris par ces changements de temps et qui, trempés jusqu’aux os, terminent leur randonnée en grelottant. Emportez de quoi vous couvrir, de la nourriture et de l’eau. La foudre frappe parfois le sommet et il est très dangereux de monter par temps d’orage (conseils sur la foudre ).
- Protégez les objets fragiles : Quand il pleut sur la Soufrière, ne comptez pas sur vos poches et votre sac à dos pour protéger votre beau caméscope ou votre téléphone portable ! Nous, qui travaillons par tout temps, considérons que la seule protection efficace est un récipient étanche du type bidon de canyoning.
- Ne quittez pas les chemins balisés : Le dôme de la Soufrière est un amas de blocs secoué par les éruptions phréatiques qui en ont ponctué l’histoire et soumis à une intense altération hydrothermale. La végétation très dense cache de nombreux précipices.
- Mettez de bonnes chaussures : Les chaussures de marche sont recommandées, évitez les tongs et les sandales de plage. Les rochers ne sont pas glissants, mais les cailloux parsemant les chemins roulent sous les pieds. Un bâton est utile.
- Les jeunes enfants doivent être aidés à la montée et à la descente pour franchir plusieurs obstacles. Ne laissez pas les enfants seuls et emportez de quoi les couvrir correctement.
- Évitez les gaz émis par les zones actives : Ces gaz sont acides et peuvent provoquer des brûlures de la peau et des muqueuses. Attention, par temps de brume (c’est à dire le temps "normal" au sommet), vous pouvez pénétrer dans les gaz acides sans vous en rendre compte. Pour cela, ne franchissez pas les barrières comportant de petits panneaux jaunes de mise en garde.
- Les téléphones portables ne fonctionnement pas partout au sommet. Les meilleurs endroits sont le point culminant de la Découverte et le secteur ouest du plateau sommital qui domine la ville de Basse Terre et la mer des Caraïbes.

Nous espérons que ces quelques conseils vous aideront à rendre votre randonnée très agréable. Nos collègues du Parc National pourront vous conseiller davantage et nous vous encourageons à leur rendre visite à la Maison du Parc située sur les hauteurs de Saint Claude. Une visite à l’Observatoire Volcanologique et Sismologique de Guadeloupe vous permettra d’en savoir davantage sur la vie de la Soufrière.


Première étape : des Bains Jaunes (950 m) à la Savane à Mulets (1140 m) (20 minutes)

Depuis le séisme des Saintes (21 nov. 2004), le départ de la randonnée se fait désormais des Bains Jaunes en empruntant le chemin du Pas du Roy. Ce chemin vient d’être remis en état par les équipes du Parc National et il ne présente aucune difficulté. Comptez 20 minutes pour atteindre le parking de la Savane à Mulets, ancien point de départ désormais désert.

Le départ du chemin se situe au niveau des Bains Jaunes alimentés par une source chaude provenant du système hydrothermal de la Soufrière et dont l’eau est régulièrement analysée par les chimistes de l’Observatoire Volcanologique . La progression se fait sous un couvert végétal luxuriant. Attention à ne pas saisir les troncs de fougères arboricoles couverts d’épines ! Vous trouverez une bifurcation dont la branche droite mène à la chute du Galion, empruntez la branche principale à gauche pour continuer votre monteé vers la Soufrière. Après environ 15 minutes de montée, le Pas du Roy sort de la zone boisée et débouche sur une savane servant d’hélistation. Suivez la route goudronnée qui rejoint l’ancienne route montant des Bains Jaunes. La jonction se situe au-dessus du piton Tarade et l’on peut voir l’un des éboulements ayant emporté la route en contrebas. Prenez à droite pour aboutir au parking de la Savane à Mulets au milieu duquel trône un gros bloc venu des pentes du dôme.


Deuxième étape : de la Savane à Mulets (1140 m) à la Fente du Nord (1380 m) par le chemin des Dames (45 minutes)

Le chemin des Dames part du bout du parking, où plusieurs panneaux du Parc National vous renseignent sur les lieux et rappellent quelques règles de sécurité. Ce chemin est la voie la plus empruntée pour atteindre le sommet. Il présente l’avantage d’être situé sur le flanc ouest du volcan ce qui le protège des vents dominants et des pluies. Si d’aventure, vous redescendez un peu tard au coucher du Soleil, ce chemin reste éclairé plus longtemps que le chemin du col de l’Échelle situé à l’est du dôme. Enfin, par beau temps, ce chemin offre un panorama sur les Monts Caraïbes (au sud), la ville de Basse Terre et ses environs (à l’ouest). Par très beau temps, il est possible de distinguer l’île de Montserrat dont la Soufrière est active depuis plus de 10 ans.

Le chemin des Dames monte régulièrement en serpentant sur le flanc du dôme. La première partie du chemin est située sous la partie active du volcan et, sur les parties hautes de la pente, l’on peut voir la végétation brûlée par les gaz acides dont l’odeur est perceptible. Le Piton Dolomieu formé d’une aiguille d’andésite massive domine cette partie du chemin.

Un peu plus haut, le chemin traverse un éboulis récent causé par le séïsme des Saintes puis arrive au niveau de l’éboulement Faujas (zone dangereuse hors du chemin) causé par une éruption phréatique le 26 avril 1798 à 14 heures. Après quelques dizaines de mètres de montée supplémentaire, le chemin tourne vers le nord du dôme et se trouve exposé au vent et à la pluie. L’on arrive ensuite à la Fente du Nord où le chemin, large à cet endroit, domine la partie inférieure de la Fente situé 50 mètres en contrebas. La pente sur le bord nord du chemin est très raide et dangereuse, ne pas laisser les enfants sans surveillance.

S’aventurer dans la Fente du Nord est également dangereux à cause des nappes de gaz carbonique qui peuvent y stagner.


Troisième étape : de la Fente du Nord (1380 m) au plateau sommital (1450 m) (15 minutes)

Le chemin menant au sommet est dans l’axe du chemin des Dames, ne pas prendre le chemin qui tourne à gauche (vers le Nord) et mène vers Carmichaël et le col de l’Échelle.

De nombreux randonneurs mettent fin à leur périple en arrivant au niveau de la Fente du Nord. Il est vrai qu’à cet endroit le chemin devient brusquement plus raide et demande de "mettre les mains sur les rochers" en quelques endroits. Mais il ne s’agit pas d’escalade, même si la pente est parfois raide. Il serait dommage de renoncer si près du but, encore 15 minutes de grimpette et le sommet est à vous ! Tous ceux que nous avons encouragés à poursuivre sont redescendus heureux. Rassurons les personnes ayant le vertige : il n’y a aucun précipice susceptible de les effrayer, simplement une pente un peu raide de laquelle on domine les montagnes situées plus au nord et d’où l’on peut parfois découvrir toute la Grande Terre. Mieux vaut monter en petit groupe pour s’entraider dans le franchissement de certains obstables. Ne déstabilisez pas les blocs pouvant dévaler la pente.


Quatrième étape : la visite du sommet (réservez une heure)

Vous voici arrivés au sommet où un chemin balisé vous guidera jusqu’à la Découverte, point culminant les Petites Antilles à 1467 mètres d’altitude. Le plateau sommital est petit, environ 400 mètres de diamètre, et de nombreuses petites traces le sillonnent. Prenez garde au fait que le balisage jaune du chemin forme une boucle qui ne vous reconduit pas à la Fente du Nord pour le retour !! Il s’agit-là d’une curiosité topologique qui ne manque pas d’étonner certains randonneurs surpris de visiter plusieurs fois les mêmes endroits quand bien même ils pensaient être sur le chemin du retour. Pensez à prendre quelques repères qui vous seront bien utiles en cas de brume limitant votre horizon aux 5 mètres devant vous !

Si le temps le permet, le panorama depuis la Découverte vous permettra de voir que le sommet est divisé en deux zones très différentes avec une partie très luxuriante au nord et un "paysage lunaire" au sud. C’est dans cette dernière partie que se trouvent les zones actives du volcan : le gouffre (dit aussi cratère) Tarissan , le cratère Napoléon et le cratère sud. Ce dernier est la partie la plus active dont les gaz acides sont responsables de la désertification de la moitié sud du plateau sommital. Mais, depuis quelques temps, le gouffre Tarissan voit son activité augmenter et ses émissions gazeuses ne sont plus négligeables.

La descente vers le Sud depuis le sommet de la Découverte vous conduit vers la Porte d’Enfer formée d’un passage étroit entre deux rochers en vis-à-vis dont celui du Nord est appelé la Guenon pour son profil particulier. Passez la Porte d’Enfer et continuez vers l’ouest pour atteindre le Piton Dolomieu sous lequel vous êtes passés en montant par le Chemin de Dames. Ce piton est une aiguille d’andésite massive formée par la solidification de la lave visqueuse.

Depuis le Piton Dolomieu, vous pouvez continuer vers le Sud pour atteindre une zone balayée par les gaz acides et où seuls les ananas montagne prolifèrent. Cherchez bien et vous en trouverez certains d’une variété blanche. Le sud de cette partie du plateau sommital est limité par une paroi marquant le bord de la fracture Dolomieu. Le belvédère situé au sud-ouest était l’ancien point d’arrivée de la Piste Rouge qui, jadis, montait directement depuis les premiers lacets du Chemin des Dames (au niveau des barrières en bois que vous avez vues en montant ce chemin). Sous le belvédère se trouve la Grotte des 5 Amis qui n’est en réalité qu’une petite niche où 5 personnes auraient du mal à tenir. L’accès à cette grotte est dangereux à cause de la pente très raide et glissante.

Revenez sur vos pas, repassez la Porte d’Enfer et allez vers l’Est pour emprunter le Pont Naturel situé entre le gouffre Dupuy au nord (à votre gauche) et le gouffre Tarissan au sud (à votre droite). Retournez-vous et, si le temps le permet, admirez le profil caractéristique du rocher de la Guenon.

Le Pont Naturel était jadis un passage très étroit, décrit comme dangereux dans les écrits anciens. A cette époque, le gouffre Dupuy était aussi vertigineux que son voisin Tarissan. Les éruptions de 1956 et 1976 ont modifié la morphologie des lieux en comblant le gouffre Dupuy et en faisant du Pont Naturel un passage confortable et sans danger.

Le gouffre Tarissan est une cavité très impressionnante dont les émanations gazeuses s’intensifient depuis quelques années. Ce gouffre retient toute l’attention des volcanologues car c’est un cratère entrant en activité à chaque épisode éruptif du volcan. Les blocs qui parsèment les environs du gouffre ont été éjectés lors de la crise éruptive de 1976-77. On imagine mal la puissance du jet de vapeur nécessaire pour transformer le gouffre Tarissan en tuyère capable d’éjecter de tels blocs ! La profondeur du gouffre est inconnue mais, au début des années 1980, plusieurs témoignages indépendants font état de chutes de pierres durant 14 secondes, ce qui fait une profondeur d’environ 600-700 mètres ! Actuellement, le gouffre est rempli d’acide dont la surface est à environ 70 mètres sous le niveau du Pont Naturel. Cet acide est principalement chlorhydrique avec un pH proche de zéro et une température moyenne de 98°C avec des pointes vers 107°C pendant quelques heures. La colonne d’acide est traversée par les gaz montant des profondeurs et, par temps calme, on perçoit aisément les bruits de l’agitation et de l’explosion des bulles de gaz au moment de leur émergence à la surface de l’acide.

Après avoir franchi le Pont Naturel pour aller à l’Est des gouffres Dupuy et Tarissan, vous pouvez monter vers le sud en longeant la bord oriental du gouffre Tarissan et en passant près du cratère Napoléon qui, lui aussi, montre une activité en lente augmentation. En poursuivant vers le sud, vous arrivez à des barrières en bois marquant la limite de la zone où les gaz toxiques peuvent être très denses. Ces gaz acides sont émis par les fumerolles du cratère Sud que l’on entend nettement depuis les barrières. La dispersion des gaz peut varier assez fortement selon les conditions météorologiques et il arrive que le gouffre Tarissan lui-même soit recouvert par quelques volutes de ces gaz. Certains jours, très rares, où le vent vient du Sud, il est possible de découvrir toute la zone habituellement cachée par les gaz.

En revenant au niveau du Pont Naturel, il est possible de suivre une trace se dirigeant vers l’Est pour aboutir à d’autres barrières d’où l’on peut voir les fumerolles sous un autre angle. Vous êtes alors sur le bord Est du plateau sommital d’où vous pouvez découvrir le flanc Est du dôme, le col de l’Échelle, le cône de l’Échelle, la Citerne et bien d’autres massifs.

La descente du sommet se fait en empruntant la trace bien marquée qui longe le bord Est du gouffre Dupuy et qui arrive à une fourche dont la branche gauche mène au sommet de La Découverte. Continuez tout droit, vers le Nord, pour rejoindre la descente qui vous ramènera vers la Fente du Nord.


Cinquième étape : retour à la Savane à Mulets par le Col de l’Échelle (45 minutes)

Une fois à la Fente du Nord, vous pouvez choisir de rentrer par le Chemin des Dames où, au contraire, prendre la trace qui part vers le Nord (c’est à dire à votre droite quand vous venez du sommet). Cette trace vous permettra de rejoindre le parking de la Savane à Mulets en passant par le Col de l’Échelle. Située à l’Est du dôme, cette voie est beaucoup plus exposée à la pluie et au vent que ne l’est le Chemin des Dames, mais elle vous permettra de découvrir d’autres paysages, de passer au-dessus des sources du Carbet, et de voir les zones actives lors de la crise éruptive de 1976-77.

La première partie du chemin est une suite de lacets longeant la partie inférieure de la Fente du Nord. Vous arrivez rapidement à une savane horizontale marquant la limite nord du dôme, puis à une intersection avec une trace allant vers l’Est (à votre droite en venant de la Fente du Nord). Avant d’emprunter cette trace qui va vous conduire vers le Col de l’Échelle, prenez le temps de vous retourner pour contempler le dôme qui vous domine et la Fente du Nord.

La trace qui vous emmène vers l’Est traverse une végétation assez dense et est très agréable lorsqu’il fait beau. Elle contourne lentement le dôme et vous arrivez bientôt sous son flanc nord-est où se trouvent de nombreuses ravines alimentant le Carbet. Par temps calme, l’on entend distinctement le fracas de la première chute qui n’est située qu’à quelques centaines de mètres de là.

Poursuivez votre route pendant environ 10 minutes et vous arrivez au Col de l’Échelle où, à l’Est de la trace, vous pouvez apercevoir des couches géologiques rouge foncé résultant de l’intense activité hydrothermale qui a eu lieu jusqu’en 1976 dans cette zone. C’est ici que se trouvait le fameux Souffleur qui émettait un jet de vapeur sous pression lors des épisodes éruptifs de 1956 et 1976.

Le Col de l’Échelle est aussi l’endroit où se trouve le Rocher Fendu dont l’origine exacte reste incertaine et prête à de nombreuses hypothèses. En continuant votre chemin, vers le sud cette fois-ci, vous pouvez voir le gouffre Breislack béant au milieu du flanc Est du dôme de la Soufrière.

La trace, jusqu’à présent horizontale depuis que vous avec quitté le Col de l’Échelle, aborde une pente et un chaos de rochers. Vous êtes arrivés au niveau de la Faille du 30 Août (1976), ainsi nommée parce qu’elle s’est créée ce jour-là lors d’un épisode éruptif particulièrement intense pendant lequel le gouffre Tarissan a éjecté de nombreux blocs au moment où une équipe de volcanologues se trouvait sur ses bords.

La Faille du 30 Août a été créée de la même manière que l’Éboulement Faujas : par une forte poussée de vapeur qui a éjecté un morceau du dôme formant maintenant le chaos de blocs sur lequel vous êtes. Cet éboulement, que l’on surnomme un lahar (coulée boueuse), a suivi la pente vers le sud et va vous accompagner jusqu’à votre retour sur la route de la Citerne que vous apercevez en contrebas devant vous et qui va vous ramener au parking de la Savane à Mulets.